Ne pas oublier le chemin parcouru …

cycle de RogersIl semble que l’agilité devienne de plus en plus « main stream » (en référence à la courbe de Moore) avec une majorité de personnes qui souhaite l’adopter.

Je fais ce constat non pas vraiment en constatant de plus en plus d’initiatives Agile (bien que j’ai du refuser plusieurs missions très intéressantes dernièrement ce qui indique une demande de plus en plus forte) mais plutôt en constatant le nombre d’attaques de l’agilité via des blogs ou site web (je ne ferais aucune publicité pour ces espaces qui, au delà d’amener une contradiction bénéfique, sont bien souvent rédigés comme des savates).

Du coup je me demande si nous, les early adopters, nous comportons comme il le faut actuellement et si nous n’avons pas un peu « oublié le chemin que nous avons parcouru ces dernières années » ?

En premier lieu, j’aimerais revenir sur une keynote qui m’a profondément marqué. C’était en 2009 à Chicago pour la grande conférence Agile2009 du mois d’août lorsqu’Alistair Cockburn a fait le show avec : « I Come to Bury Agile, Not to Praise It« .

Pour moi qui avait découvert l’agilité seulement 4 ans auparavant, je trouvais que c’était déplacé, voir inacceptable, de vouloir « enterrer l’agilité » alors que je ne lui trouvais que des vertus. En fait, ma compréhension du fond du message d’Alistair était de dire que l’agilité était une chose vivante qui devait évoluer en permanence et qu’il trouvait que les initiatives pour la formater, voir la normer, étaient tout simplement en parfait désaccord avec l’esprit même du manifeste qu’il avait co-signé.

Je suis tout à fait d’accord pour dire que l’Agilité doit évoluer par elle même, au gré des nouvelles connaissances et des nouveaux apports extérieurs, voir de recherches intérieures sur sa constitution propre.

Néanmoins, j’ai le sentiment que beaucoup de « spécialistes » qui préconisent actuellement certains concepts, ont tendance  à oublier le chemin qu’ils ont eux même parcouru pour en arriver à ces conclusions.

2 exemples

Dans les mois passés j’ai été confronté à 2 situations qui m’ont fait réfléchir sur cet aspect :

Pratiques Obsolètes

Pour les pratiques obsolètes, je suis majoritairement d’accord avec Clodio (d’ailleurs plus sur son premier article que le deuxième) et mon désaccord vient seulement du fait que je ne trouve pas autant de défauts que lui à certaines pratiques déclarées comme obsolètes, donc pour moi on peut les garder ou pas, sans impact particulier sur la pratique de l’agilité.

Clodio a bien indiqué dans ses articles une meilleure pratique à adopter pour chaque pratique à abandonner, et néanmoins, je me demande si cette information est suffisante pour quelqu’un qui découvre l’agilité.

Par exemple, je partage l’avis de Clodio sur le fait que proposer une approche d’essaimage sur une Story n’a que des avantages, et pourtant je pense qu’il faut une bonne maturité à une équipe agile pour pouvoir pratiquer l’essaimage avec succès. Il faudra donc que cette équipe passe par plusieurs étapes (et la colonne « à tester » en peut-être une de ces étapes, peut-être pas d’ailleurs) pour atteindre la maturité suffisante pour pratiquer l’essaimage.

Approche Kanban

Dernièrement j’ai croisé des personnes qui avait des positions très tranchées sur la pratique de Kanban versus Scrum. Et pour tout dire, c’était plutôt la mise au pilori de Scrum qui était de mise.

Les arguments entendus pour promouvoir Kanban plutôt que Scrum étaient surtout le fait de pouvoir livrer plus vite qu’au rythme des itérations Scrum, et aussi que c’était une « rupture douce » et qu’il y avait moins de temps consommés en réunions/cérémonies diverses.

Tous ces arguments sont valables bien entendu, quoique qu’à titre personnel, j’ai une préférence pour une approche systémique à base de management visuel avec du Scrum coercitif pour la réalisation … donc que tous les goûts sont dans la nature 🙂

Et si nous nous intéressons à l’historique de ces personnes, je constate qu’elles ont pratiqué Scrum durant de nombreuses années. Cette pratique leur a donné la maturité pour comprendre les enjeux d’une approche empirique, découper le besoin en petits éléments qui apportent de la valeur, les prioriser et les présenter rapidement pour obtenir du feedback. Le passage au Kanban semble donc alors tout à fait naturel.

Conclusion

A titre personnel, je pense qu’un de mes devoirs d’Early Adopter est de contribuer humblement à faire évoluer l’agilité (comme en poussant les jeux depuis des années et en ayant été à l’initiative de la promotion des Innovation Games en France) et également de ne pas oublier le chemin qui m’a permis d’être arrivé où je suis (tout en sachant que je suis toujours en chemin).

En effet, plusieurs personnes qui démarrent en agilité, et il y a beaucoup d’Early Majority qui arrivent, ne peuvent pas assimiler immédiatement les concepts et valeurs qui sont les miens aujourd’hui.

Je ne dis pas que je suis plus intelligent qu’eux, mais seulement que j’ai pris du temps pour arriver où je suis, et l’une de mes missions d’Early Adopter est d’aider ces nouveaux arrivants à arriver au même stade que moi, tout en faisant leur propre chemin, et surement plus rapidement que moi si je les aide un peu 🙂

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