Et si nous faisions des rétrospectives optimistes ?

Points FortsJ’ai l’habitude de dire que la rétrospective est l’une des réunions les plus difficiles à bien mener dans un déroulement de projet Agile. En effet, c’est un moment délicat où l’équipe peut mettre sur la table des sujets difficiles dont le traitement peut révéler certaines insuffisances collectives ou personnelles, donc généralement, des choses que nous n’aimons pas faire.

Depuis 9 ans que je pratique l’agilité, j’ai constaté que durant les rétrospectives, et bien que l’équipe identifie des points forts et des points faibles, les discussions portaient à 95% sur les points faibles. Cette situation me semblait normale et pleine de bon sens car je pensais qu’il était naturel de corriger ce qui ne fonctionne pas pour s’améliorer et il semblerait que cette façon de penser soit liée à notre culture Française issue de la religion catholique (je reviendrais plus loin sur ce point).

Dernièrement j’ai été confronté à 3 situations qui m’ont fait évoluer dans ma réflexion :

  1. Une bonne initiative d’un Scrum Master que j’apprécie
  2. Une rencontre impactante
  3. Deux essais personnels concluants

Voici ce qui s’est passé

La Bonne Initiative

Lors d’une visite chez un client, un Scrum Master m’a demandé de venir donner mon avis sur ce qu’il avait mis en place lors de la dernière rétrospective et dont il était content du résultat. Plutôt que de dérouler « classiquement » la 15ème rétrospective sur ce projet, et comme l’équipe avait vécu un moment difficile, il a sorti les LEGO puis demandé à chaque membre de l’équipe de construire un petit objet qu’il devait offrir à un autre membre de l’équipe comme un trophée pour le sprint qui venait de se finir.

Cette rétrospective a résolument été orientée vers les points forts des acteurs avec de la reconnaissance du travail de chacun et l’échange autour de ces points forts. Le Scrum Master m’a dit que tout le monde avait apprécié de construire un objet (surement notre coté « kinesthésie » que nous utilisons peu) et que la remise du trophée avait généré beaucoup d’énergie positive au sein de l’équipe, ce qui avait contribué à l’amélioration de la situation.

Une Rencontre Impactante

La même semaine, j’avais ma journée mensuelle de formation GERME (Groupe d’Entrainement et de Réflexion au Management d’Entreprise) – c’est moi qui me forme et non l’inverse 🙂 – et le sujet était la valorisation des points forts. Durant toute cette journée j’ai écouté avec délectation Stéphane Bigeard, auteur du blog www.point-fort.com, nous parler de l’importance de se focaliser sur les points forts des individus pour qu’ils soient encore plus performants.

Stéphane a longtemps travaillé dans le sport, que ce soit auprès de la Fédération Française de Tennis ou auprès du club de foot de Lens. Pour le tennis, il regarde avec désolation les jeunes joueurs qui sont très bons jeunes et qui ne parviennent pas a éclore au plus haut niveau car lorsqu’ils passent dans les mains des entraineurs de la fédération, ceux-ci ne cherchent plus qu’à corriger leurs défauts au lieu de les inciter à s’appuyer sur leurs points forts. Et lorsque les joueurs sont en état de stress (pression, enjeu …) et qu’ils déjouent un peu, ils ne sont plus capables de revenir à ce qu’ils savaient très bien faire naturellement … et patatras, tout s’écroule.

Une phrase que j’aime citée par Stéphane : « Ce que je regarde se développe … attention a ne pas regarder uniquement vos problèmes »

Si vous avez l’occasion de croiser Stéphane … courrez-y !!!

Deux Essais Personnels Concluants

Fort de ma rencontre avec Stéphane, j’ai mis en œuvre ses recommandations lors de la lecture du bulletin scolaire d’une de mes filles. J’ai donc commencé par regarder les bonnes notes de son bulletin et, matière par matière, je l’ai d’abord félicité pour sa note (il ne faut jamais féliciter globalement, cela n’a pas de sens) et je lui ai demandé si elle savait comment elle avait obtenu une si bonne note pour qu’elle prenne conscience de la démarche qui lui avait fait avoir de bonne note. Ensuite sur les notes moins bonnes, nous avons discuté pour savoir si elle arrivait à mettre en œuvre, ou pas, certaines de ses façons de travailler qui génèrent des bonnes notes. Cette approche a généré une énorme dose d’énergie positive alors que généralement la lecture du bulletin génère un peu de tension.

Lors de la rétrospective d’un projet que j’accompagne, j’ai proposé que chaque équipier écrive sur un postIT un remerciement à un autre équipier. Il y avait 8 personnes dans la salle et nous avons collecté une trentaine de messages positifs. Il y en avait entre équipiers, des équipiers vers les PO, des PO vers les équipiers, des équipiers vers le Scrum Master … bref dans tous les sens … en même 2 remerciements pour le coach Agile, c’est à dire moi même. J’ai alors décidé d’arrêter la rétrospective sur ce partage de remerciements en faisant bien noter à l’équipe tous ces points forts (pour aider à la prise de conscience) et en leur disant de s’en rappeler le jour ou le projet affrontera quelques difficultés … ce qui arrive parfois.

Culture Catholique

D’après Stéphane, la propension des Français à regarder et à vouloir corriger les points faibles vient du fait de notre culture catholique qui promeut la confession des péchés. Même si la religion catholique est moins présente qu’auparavant, nous restons encore dans cette culture qui nous apprend qu’il est important d’identifier nos péchés, donc ce qui s’est mal passé, pour les confesser, se repentir et être pardonner. Il faut donc identifier nos points faibles pour les corriger afin d’être meilleur … cela peut également s’appeler de l’autoflagellation 🙂

 

7 réflexions sur « Et si nous faisions des rétrospectives optimistes ? »

  1. Salut Alex,
    et merci pour ce billet.
    Je ne sais pas si notre propension à nous focaliser sur les aspects négatifs trouve ses racines dans la religion ! Sans aller jusque là, on nous a toujours expliqué que la rétro sert à s’améliorer, et c’est vrai qu’on a plutôt tendance à considérer les choses positives comme acquises (alors que !) et à se tourner alors vers les choses moins bonnes.

    Ceci dit, à force de ne regarder que les choses négatives, il arrive parfois que ça rejaillisse sur le moral de l’équipe.

    C’est du vécu, et j’avais d’ailleurs proposé à mon équipe il y a un peu plus d’un an une rétro que j’avais appelée la rétro « bisounours » 🙂
    Si ça intéresse certains, voici le lien : http://retrospectives-agiles.fr/post/39582584304/la-retrospective-bisounours

    A+ et restons positifs !

  2. Super billet comme toujours!

    Effectivement les retrospectives sont un peu des confessions.

    Sinon je penses que tu voulais mettre « Lors d’une visite chez un client, un Scrum Master m’a demandé de venir donner MON avis » et pas son avis

  3. Merci pour ce focus original.

    Je ne sais pas si le rapport à la confession catholique en est l’unique explication, mais il est vrai que nous savons très bien mettre le doigt sur « ce qui pose problème » et l’exprimer alors que nous ne pensons généralement pas à en faire de même avec « ce qui marche bien ».

  4. Merci !
    Excellente idée de faire ce focus.
    Je ne l’utilise pas assez en rétro. Je vais me repencher sur la question.

    C’est dans la droite ligne de la psychologie positive (science très récente et qui se cherche encore un peu, mais très prometteuse).
    On retrouve aussi des outils fabuleux en matière d’amélioration par le positif dans le package qui s’appelle « les pratiques narratives ».

    Et en ce qui concerne l’influence catholique, je me permets d’ajouter que si les catholiques me semblent avoir longtemps mis en avant la culpabilisation et appuyé sur les « pêchés », la bible, elle, fait majoritairement l’inverse et les histoires s’appuient presque toujours sur un élément positif, même petit, pour dynamiser la personne, lui faire passer un cap, la remettre debout…
    Comme quoi la recette est vieille comme l’humanité, et marche toujours aussi bien !
    Merci encore pour le lien fait avec la rétro.

  5. Bonjour,

    merci pour l’article.

    Le fait de recentrer la rétro sur les individus ne risque-t-il pas de créer des situations délicates voir un peu tendues ? Par exemple, dans le cas ou tous sauf un des participants recevraient un remerciement, cela ne risque-t-il pas de déboucher sur une genre de règlement de compte ou à l’inverse de tendre vers ‘l’employé du mois’ de chez macdo ?

    comment géreriez-vous une telle situation ?

    Pour ma part, je n’ai pas encore passé le cap du ‘serious gaming’, un peu peur de l’acceptation … le monde bouge peut-être mais tout doucement …

  6. Bonjour
    Votre interrogation est tout à fait naturelle, et d’un autre coté, si la situation est telle qu’un membre de l’équipe n’est vraiment pas apprécié ou qu’un autre se comporte en héros/sauveur du projet, pensez-vous qu’il soit positif pour l’équipe de ne pas en parler du tout ?
    Je n’ai pas établi de plan à l’avance sur ce que je ferais dans une telle situation. Il est certain que j’utiliserais mes talents de facilitateur pour faire sortir les choses tout en garantissant le respect de chaque personne. C’est dans le rôle du Scrum Master d’assurer la facilitation des rétrospectives et c’est dans ces situations que l’on voit qu’il n’est pas que le « bureaucrate de l’équipe » (celui qui écrit et déplace les postIT) et qu’il doit également disposer de certaines techniques de facilitation, ou être conscient qu’il/elle doit développer ces compétences.
    Merci pour votre retour.
    Alex

  7. Merci pour ce bel article et la mises évidence dans ton univers métier de l’utilisation des points forts comme levier de performance…
    Au plaisir de se retrouver…

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